Les entretiens du Fundraising #3.

Rencontre avec l'Association Moi dans 10 ans

Pour ce troisième épisode des Entretiens du fundraising, nous avons eu l’occasion de rencontrer l’association Moi dans 10 ans.

Autour d’un café, nous avons pu discuter de mécénat, de son évolution et de comment mettre en place des stratégies pertinentes pour financer sa structure. Rencontre avec les deux co-directeurs de Moi dans 10 ans : Clara Van der Hecht et Laurent Girardeau.

L’association Moi dans 10 ans, qu'est-ce que c'est ?

Créée en 2015, elle permet aux collégiens et aux lycéens d’avancer progressivement dans la construction de leur parcours scolaire et professionnel. Son but ? Promouvoir l’égalité des chances. En effet, tous les jeunes n’ont pas les mêmes opportunités de réussite et d’accès aux études, à l’emploi et à la formation selon leur situation géographique, leur milieu social, leur genre, etc

Elle accompagne donc des collégien·nes de 3ème et les lycéen·nes issu·e·s de quartiers prioritaires de la politique de la ville, de zones rurales ou scolarisé·e·s en réseau d’éducation prioritaire dans leur choix d’orientation scolaire et professionnelle.

Rencontre org anisée par l'association Moi dans 10 ans et leurs bénéficiaires.

© Association Moi dans 10 ans

Pour cela, l’association propose deux initiatives pour les accompagner dans leur découverte du monde professionnel. 

  • L’organisation de séquences pédagogiques au sein d’établissements scolaires. L’équipe travaille avec les élèves de manière ludique afin de les aider à identifier les principaux freins à l’orientation. Elle leur permet également de s’entretenir durant 50 minutes avec des professionnels de leur territoire. 

  • L’animation et l’encadrement de stages collectifs. Moi dans 10 ans décline ses ateliers de sensibilisation en quatre temps pour proposer des séances d’approfondissement, des rencontres de professionnels et des visites d’entreprises.

L’association Moi dans 10 ans participe donc à une introduction au monde professionnel fluide et apaisée en accompagnant les élèves vers une orientation choisie. 

Retour sur la stratégie de financement de l’association Moi dans 10 ans :

Une stratégie financière à la recherche de l’équilibre vertueux

Cet entretien nous a offert l’opportunité de décrypter la stratégie de financement de l’association. Elle a été construite sur un équilibre entre financement privé et  financement public. Une occasion pour nous d’approfondir les externalités positives d’un tel équilibre. 

En effet, en ne concentrant pas son équilibre financier sur les mêmes ressources, l’association favorise une stabilité et une solidité financière. Elle peut ainsi s’adapter plus facilement à l’évolution de ses sources de financement. 

Ce cofinancement est par ailleurs, un atout dans l’allocation de subvention. Comme nous l’indique Laurent, c’est aujourd’hui une condition sine qua non de nombreux appels à projet. Cela rassure notamment, les potentiels mécènes dans la mesure où avoir des partenaires publics est souvent synonyme  “d’un gage de solidité”. 

Une stratégie de mécénat de long terme

On retrouve également cette recherche de stabilité à l’échelle de la stratégie de mécénat. En effet, Clara nous confie faire attention à travailler avec des fondations qui soutiennent des associations sur plusieurs années. Le but ? Pouvoir prendre le temps de développer les projets de l’association et une vraie mesure d’impact. 

Cette décision est le produit de plusieurs années d’itération. En effet, la stratégie de mécénat existe depuis les débuts de l’association et se décline aujourd’hui en plusieurs étapes. 

La première est d’identifier des mécènes qui œuvrent dans les champs d’intervention de l’association : l’égalité des chances, l’éducation, l’insertion professionnelle, la mixité de genre… Chaque mécène fait par ailleurs l’objet d’une discussion avec le conseil d’administration afin d’être sûr qu’il soit en adéquation avec le projet de l’association. 

Une fois identifiés, l’association entreprend de les contacter. D’une part, cela lui permet d’en apprendre davantage sur le fonctionnement du mécène et sur sa capacité à correspondre au projet de l’association. D’autre part, cela permet d’évacuer le flou qui peut peser sur certains appels à projet en discutant directement avec les fondations de leurs attentes.

Même si cela n’a selon elle que très peu d’implication sur l’allocation de la subvention, cela permet de rassurer l’équipe. Elle acquiert ainsi les clés nécessaires pour approfondir plus sereinement les appels à projet. Elle gagne également du temps en ne répondant pas inutilement à ceux auxquels l’association ne correspond pas.

Enfin, créer des relations inter-personnelles avec ces partenaires ouvre les portes d’un écosystème important et auquel il peut s’avérer très intéressant d’appartenir. 

Il y a une autre dimension importante à avoir aussi en considération, c'est que les fondations financent de nombreux acteurs, de nombreuses associations, autres acteurs sur le terrain, et elles en connaissent beaucoup plus que nous ne pouvons en connaître aujourd'hui avec les contacts et l'écosystème que nous avons.
Laurent Girardeau

La question qui reste cependant en suspens est toujours la même : comment prendre contact avec ces acteurs ? Pour cela, Clara a recours à la fois aux adresses mail présentes sur le site des mécènes et à LinkedIn. 

Enfin, si cette prise de contact s’est révélée fructueuse, l’association se lance dans le processus d’appels à projet ou de partenariat. 

Leur stratégie de mécénat repose donc à la fois sur une allocation efficace de leur temps et la création de relations interpersonnelles avec leurs mécènes. Cela leur apporte stabilité et sérénité en ne travaillant qu’avec des fondations qui correspondent réellement au projet de l’association. 

Rencontre organisée en classe par l'association Moi dans 10 ans et leurs bénéficiaires.

©Association Moi dans 10 ans

Quels outils pour mener cette stratégie de financement :

Ces années d’expérience ont aussi permis à Clara de s’équiper pour mener à bien sa stratégie de mécénat. Elle nous dévoile ces trois indispensables :

  • Le site de la Fondation de France : il répertorie beaucoup d’appels à projets et notamment ceux de ses fondations abritées.

  • La plateforme Mecenova : initiative des Entreprises pour la Cité, elle a vocation à conseiller les porteurs de projet et les fondations sur la pratique du mécénat.

  • L’Admical et son E-répertoire des mécènes (aujourd’hui, mis en pause) : un outil qui permet d’identifier facilement les mécènes membres de l’association Admical.
Photo illustrant la rencontre entre des élèves et l'association Moi dans 10 ans pour parler d'orientation.

©Association Moi dans 10 ans

Et ensuite ? Comment construire et entretenir des relations solides avec ces mécènes ?

Une des dimensions très intéressantes de la stratégie de mécénat de l’association est la relation qu’elle entretient avec ses partenaires. 

Elle se traduit premièrement par une communication régulière avec leurs partenaires grâce à des newsletters, des photos partagées et le calendrier de leurs interventions. Ils peuvent ainsi, venir assister aux initiatives de l’association et rencontrer ses bénéficiaires. 

L’association Moi dans 10 ans sollicite et implique dans un second temps, directement ses partenaires. Ils peuvent ainsi proposer à leurs collaborateurs, via du bénévolat, de venir présenter leur métier aux élèves. Cette initiative permet d’impliquer directement les mécènes dans la réussite du projet et de sensibiliser leur équipe à la question de l’égalité des chances.  

Clara et Laurent ne souhaitent cependant pas s’en arrêter là. Ils ont pour projet d’impliquer davantage leurs partenaires privés et publics, notamment à une échelle stratégique. En effet, l’association souhaite s’inscrire sur de nouveaux territoires et y voit une opportunité de solliciter l’expertise de leurs partenaires. 

Ainsi, la relation de mécénat dépasse le cadre purement financier et se construit autour d’un vrai projet collaboratif. Une chance pour les deux parties prenantes d’optimiser les retombées positives et de solidifier leur partenariat. 

Les bonnes pratiques de l'association :

Clara et Laurent ont également accepté de nous partager leurs bonnes pratiques en termes de mécénat : 

  • Mettre en place des outils de démarchage efficaces ! Clara souligne notamment l’importance d’avoir un dossier de partenariat solide. Il faut que ce document retranscrive correctement le projet associatif et qu’il lui corresponde éthiquement et esthétiquement. 

  • Avoir des états financiers parfaits ! En effet, le bilan financier est la transcription du ou des projets de l’association. Il est donc indispensable qu’il soit cohérent avec la réalité. 

  • Prendre son temps : Ne pas se précipiter, c’est se laisser l’opportunité de mettre en place une veille efficace et de réussir à identifier des mécènes qui font vraiment sens avec le projet de l’association. 

Quel futur pour le mécénat ?

Enfin, nous avons abordé la question des évolutions que nous aimerions voir le mécénat et plus largement, le secteur associatif emprunter. 

Le premier point soulevé est la capacité des associations à collaborer. En effet, il existe aujourd’hui une multitude d’acteurs qui travaillent sur des sujets similaires. Selon l’équipe de Moi dans 10 ans, il serait intéressant de mettre en place des consortiums au sein du secteur associatif. L’idée étant de construire une brique plus solide pour avoir un impact décuplé. 

S’est également posée la question de la place des mécènes dans la mise en place de ces consortiums potentiels. Ils s’inscrivent aujourd’hui au centre d’écosystème et il semble aujourd'hui important qu’ils deviennent aussi initiateurs de ces rencontres. On peut donc s’interroger sur leur rôle dans l’impulsion de ce travail partenarial interassociatif.

Ces quelques réflexions nous amènent à nous questionner sur les évolutions du mécénat. Depuis quelques années, sa pratique dépasse la dimension purement financière pour aller vers des partenariats beaucoup plus humains. Le mécénat ne cesse d’évoluer et laisse ainsi entrevoir de nouvelles opportunités pour le secteur philanthropique. 

Encore un grand merci à Clara Van der Hecht et Laurent Girardeau de nous avoir accueilli et de nous avoir fait part des dessous de l’association Moi dans 10 ans. Vous pouvez également retrouver les deux derniers épisodes juste ici : l’association LOBA & la Fondation de l’Armée du Salut

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