Les entretiens du Fundraising #1.

Rencontre avec l'association LOBA

À l'occasion du Forum de paris sur la paix, nous avons eu la chance d'interviewer une des trois associations françaises sélectionnées, l'association LOBA.

Une opportunité pour nous de revenir, en compagnie d’Héloïse Onumba-Bessonnet, responsable de la thérapie Re-Création et de Miranda Browne, responsable du pôle engagement, sur la trajectoire, les challenges rencontrés et les solutions trouvées par l’association.

LOBA, qu'est ce que c'est ?

Créée en 2008 par le danseur Bolewa Sabourin et l’économiste William Njaboum,, LOBA, se veut avant tout un espace de partage, d’échange et d’engagement citoyen.

En 2016, Bolewa Sabourin rencontre le Dr Denis Mukwege, qui a obtenu le Prix Nobel de la paix en 2018. Cet entretien marque un tournant pour l’association qui décide de rejoindre la lutte contre le viol comme arme de guerre en République Démocratique du Congo. En 2017, l’équipe décide de se rendre à l’Hôpital de Panzi, situé dans la région du Kivu, afin de contribuer à la prise en charge des femmes victimes en leur proposant des ateliers de danse.

Lors de ce voyage et en réponse au constat du Dr Denis Mukwege, le protocole de soin Re-Création voit le jour. En effet, au cours de leur séjour, des psychologues confirment que l’enchaînement de temps de parole suivi de danse, musique ou encore karaté, permet une meilleure prise en charge de ces femmes. Le protocole Re-Création a ainsi pour vocation d’offrir une porte d’entrée aux femmes éloignées de la psychothérapie traditionnelle afin qu’elles parviennent à se libérer de leurs souffrances.

Photo prise en 2017 lors du séjour de l’association LOBA à l’Hôpital de Panzi, situé dans la région du Kivu, afin de contribuer à la prise en charge des femmes victimes en leur proposant des ateliers de danse.© LOBA 

Aujourd'hui, l'association LOBA c'est :

Un pôle santé qui est directement lié à la gestion et la diffusion du protocole de soin Re-Création : une thérapie reposant sur l’alternance de temps de danse et de temps de parole afin d’aider les femmes victimes de violences sexuelles à exprimer leur douleur.

Un pôle engagement qui met au centre de son action l’engagement citoyen et la sensibilisation du grand public aux enjeux de la lutte contre les violences sexistes et sexuelles de multiples manières :

  • L’association organise des ateliers de réflexion auprès de lycéens pour les sensibiliser, mais également pour leur dire que leurs voix comptent et qu’ils ont un rôle à jouer dans la société.

  • Elle organise également des ateliers de concertation autour des masculinités pour s’interroger sur ce qu’est un homme au 21ème siècle et sa place dans notre société.

  • Enfin, l’association abrite également une compagnie de danse. Cette dernière a vocation à jouer le spectacle-débat LArmes qui se fait la voix des femmes et des vécus en République Démocratique du Congo.

Retour sur la stratégie de financement de l'association :

De retour en France, le lancement du protocole de soin va impliquer plusieurs challenges pour l’association : trouver des structures qui acceptent de mettre en place leur protocole de soin innovant, puis réussir à le financer. Pour cela, l’association LOBA et les structures de soin avec lesquelles elle travaille vont se coordonner afin de trouver les fonds nécessaires.

Ces challenges vont être les éléments déclencheurs qui vont amener l’association à structurer sa stratégie de mécénat, initiée par le co-fondateur Bolewa Sabourin.

 

L'essor de nos ateliers de danse comme thérapie nous a aussi menés à nous demander comment faire pour toucher plus de femmes. Il y a donc forcément des personnes qui vont travailler, qui vont se déplacer dans les structures pour proposer des ateliers et ça va demander plus de fonds." Héloïse Onumba Bessonnet

Aujourd’hui, l’association LOBA fait face à de nouveaux défis : depuis septembre, elle accueille une doctorante en psychologie pour 3 ans afin d’évaluer et de théoriser leur protocole de soin. Ce projet, pour se concrétiser,  implique que l’association doit réussir à trouver des financements pour les trois prochaines années.

Cette nouvelle étape amène les membres de l’association à repenser leur stratégie de financement afin de l’optimiser. Désormais, l’association est à la recherche de financements pluriannuels et des montants plus importants pour mener à bien ses projets.

L'un de nos défis est de réussir à obtenir des financements pluriannuels plutôt que des "one-shots" [...] pour ne pas avoir à penser d'une année sur l'autre à comment est-ce qu'on va réussir à trouver le même montant. C'est quelque chose qui nous paraît important. Miranda Browne

L’équipe derrière l’association LOBA© LOBA 

Les bonnes pratiques de l'association :

Héloïse et Miranda ont accepté de nous confier quelques astuces afin de mettre en place une stratégie de mécénat efficace :

  • Prendre contact avec les mécènes en amont : n’hésitez pas à contacter les structures qui correspondent à votre association qu’il y ait appel à projet ou pas. Cela vous permettra de créer une vraie relation avec vos futurs partenaires tout en vous offrant la possibilité de bien transmettre votre vision et vos projets.

  • Ne pas sous-estimer la communication de votre association et de vos projets : vos futurs partenaires pourront mieux vous identifier et vous faire confiance si vous êtes visibles et actifs sur les réseaux sociaux et internet.

  • Avoir une personne dédiée au fundraising : avoir une personne référente au sein de l’association permet de consolider l’information et les partenariats car elle centralise l’ensemble des démarches.

  • Être rigoureux·se dès le début : la recherche de partenaires peut parfois être une activité chronophage. Afin de gagner du temps, il est important de mettre en place une bonne organisation et les outils adéquats.

La compagnie de danse jouant le spectacle-débat LArmes qui se fait la voix des femmes et des vécus en République Démocratique du Congo.© LOBA 

Quel futur pour le mécénat ?

Enfin, nous sommes revenus sur le futur du mécénat et sur comment, il serait possible de re-penser les dynamiques de partenariats pour qu’elles correspondent mieux aux besoins et aux attentes des associations.

La première réflexion questionne la longueur et la complexité des appels à projet. Même s’il est compréhensible pour les associations que les mécènes aient besoin de ces informations pour comprendre qui ils sont et quels sont leurs projets, cela n’en reste pas moins une tâche chronophage.

Pour l’association LOBA, il est aussi important que les mécènes leur fassent confiance. En effet, quand l’association est soutenue sur plusieurs années et l’impact sur le terrain est visible, la question se pose de devoir remplir de nouveau des dossiers de 10 pages.

La question est donc ouverte, comment pouvons-nous repenser les appels à projet pour qu'ils soient plus rapides et qu'ils intègrent les contraintes des deux parties prenantes ?

La question est donc ouverte, comment pouvons-nous repenser les appels à projet pour qu’ils soient plus rapides et qu’ils intègrent les contraintes des deux parties prenantes ?

Le second point soulève la question des refus : comme Miranda Brown le souligne, il est normal de recevoir des refus. Ce serait cependant intéressant que les mécènes expliquent la raison de ce refus afin que l’association puisse mieux le comprendre et envisager des pistes d’amélioration.

Enfin, nous savons que la création de partenariats repose sur deux briques : l’identification de ces derniers et la prise de contact. Ainsi, il serait intéressant qu’un mécène puisse être amené à en recommander un autre aux associations avec lesquelles il rentre en contact pour les aider à mieux identifier et entrer en contact avec de nouveaux partenaires. Le but serait d’être amené à mieux collaborer afin de permettre le développement de plus d’opérations sur le terrain.

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