Les entretiens du Fundraising #5.

Rencontre avec la Fondation Roole

Pour ce nouvel entretien du fundraising, nous vous proposons de découvrir un nouvel acteur du secteur philanthropique : la Fondation Roole.

L’occasion parfaite pour comprendre quels sont les processus qui poussent une entreprise à réaliser du mécénat. Au cours de cette conversation, on abordera des sujets aussi divers et variés que l’impact d’une entreprise, sa responsabilité envers le secteur non lucratif et l’évolution des relations entre ces deux mondes. Direction Boulogne à la rencontre d’Olivia Féré, déléguée générale de la Fondation Roole. 

La Fondation Roole, qu’est-ce que c’est ?

Ancienne Fondation Identicar, c’est la fondation créée sous égide de la Fondation de France de Roole. Lancée en 2018, elle a vocation à soutenir des projets de mobilité solidaire en France selon les trois axes suivants : 

  • Soutenir les publics vulnérables dans leur accès au permis de conduire. 
  • Soutenir les publics vulnérables dans leur accès à l’achat d’une voiture à tarif solidaire.
  • Soutenir les publics vulnérables dans leur accès à des offres de location de voiture à tarif solidaire. 

©Fondation Roole

Cette fondation est née du constat que la voiture est encore essentielle dans de nombreux endroits en France et notamment dans les zones rurales et certaines zones périurbaines. De fait, la dépendance à la voiture impacte d’autres dimensions socio-économiques de ces territoires comme l’insertion sociale et économique. Lever le frein à la mobilité, c’est permettre l’accès à l’emploi, à la santé, aux loisirs par exemple. 

Quel est la genèse et les évolutions futures de la fondation ?

Cette fondation est née de l’envie des dirigeants actuels d’améliorer l’impact de leur entreprise et de la pérenniser dans le temps. En effet, Roole (ex – Club Identicar) est une entreprise familiale qui a maintenant 40 ans et est dirigée par les fils du fondateur. La volonté est que l’entreprise soit utile à la société, qu’elle maîtrise ses impacts sociaux et environnementaux.

La fondation a déjà bien évolué depuis son lancement. Sa mission est de financer des projets associatifs. En parallèle, l’entreprise Roole développe ses propres projets de mobilité solidaire en collaboration avec des associations. Cette évolution est née de l’envie de mettre à disposition d’autres compétences et outils, notamment IT, pouvant permettre de lever des freins dans les réseaux associatifs de la mobilité solidaire.

L’entreprise ne veut cependant pas s’en arrêter là et souhaite que la mission sociale ne soit plus uniquement représentée par la fondation. Ils ont ainsi inscrit la mobilité solidaire parmi les 6 axes stratégiques de l’entreprise pour 2025 en accord avec sa mission : rendre l’automobile plus simple, économique et solidaire. La structure tend à investir autant de ressources RH et financières que dans les autres projets stratégiques de l’entreprise. 

Cela se traduit notamment à l’échelle des ressources humaines. Olivia Féré est désormais responsable de deux chefs de projet ainsi que d’une alternante. Cette équipe est dédiée aux projets non lucratifs de l’entreprise et de la fondation. Le but ? Construire une offre 100% non lucrative de mobilité solidaire avec la même démarche, les mêmes outils et le même état d’esprit que les collaborateurs de l’entreprise lucrative. Quelques exemples des projets réalisés jusqu’à maintenant :

  • Le site Donnezvotrevoiture.org a été construit en collaboration avec le réseau de garages solidaires Solidarauto. Il soutient les garages solidaires en récupérant des dons de voitures pour pouvoir ensuite leur redistribuer. L’idée est d’avoir un véritable impact en sollicitant les partenaires ainsi que les clients de Roole pour améliorer la remise en état des véhicules et leur donner une seconde vie au profit de publics vulnérables. 
  • La seconde initiative est la plateforme permis-solidaire.org qui propose toutes les ressources des classes de codes réalisées par la fondation. Elle les met gratuitement à disposition pour toute association qui voudrait elles-même en créer une. 

Comment les collaborateurs ont-ils réagi ? Comment les intégrez-vous au quotidien dans le fonctionnement de la fondation ?

Dès le début, les collaborateurs de Roole ont pu et ont été ravis de s’engager dans la fondation. Pour cela, l’entreprise a mis en place un crédit-temps : elle a permis aux collaborateurs qui le souhaitaient de prendre un jour et demi de temps de travail par mois pour s’engager dans les projets de la fondation. 

Le succès a été tel qu’il a fallu organiser ces effectifs en inventoriant les services où il fallait recruter de nouvelles personnes pour permettre à tous ceux qui le souhaitaient de s’investir. Le crédit-temps a également été réduit à ½ journée par mois, au lancement, pour ne pas trop impacter le fonctionnement de l’entreprise. Le lancement de la fondation a donc demandé dans un premier temps, un véritable effort financier et de ressources humaines.

S’en est suivi un temps d’acculturation afin de mettre en place de nouveaux process en interne et monter en compétences sur ce qu’était la mobilité solidaire et le mécénat. Ce temps d’adaptation a été fructueux dans la mesure où il a permis aux collaborateurs de s’emparer du sujet et de proposer leurs propres idées de projets solidaires. Par exemple, tous les mercredi après-midi, des collaborateurs accueillent des bénéficiaires des associations voisines de l’entreprise pour les aider à réviser leur code de la route. 

©Fondation Roole

Comment la Fondation Roole identifie-t-elle les associations ?

Elle organise une fois par an un appel à projets qui lui permet d’identifier les associations avec lesquelles elle souhaite travailler. Jusqu’à maintenant, il regroupait les trois thématiques de la fondation mais cette année les modalités vont peut-être évoluer. La possibilité de restreindre à une thématique par an pour avoir des périmètres d’appels à projets plus limités est en cours de réflexion. Ces appels à projet sont ouverts à toutes les associations qui le veulent et le peuvent. 

Un jury composé par des collaborateurs volontaires va ensuite effectuer une première présélection. Ils sont formés et accompagnés par Olivia qui leur met à disposition des outils et des grilles d’évaluation. À la fin de cette première étape, une vingtaine de dossiers sont sélectionnés sur environ 200. 

Les collaborateurs vont ensuite partir rendre visite sur le terrain aux porteurs de projets dans les associations présélectionnées. Cette étape est vraiment très importante car elle permet de rendre compte de la réalité vécue par les bénéficiaires des associations. Ils réalisent ainsi à quel point la voiture peut être une véritable problématique en zone rurale. Cela leur permet également de rencontrer les porteurs de projet, de comprendre leurs enjeux et de poser les questions nécessaires à la présentation du projet devant le Comité Exécutif. 

Car oui, ce sont ensuite les collaborateurs qui vont présenter les projets devant le comité exécutif en décembre. Ils deviennent ainsi de véritables ambassadeurs des associations au sein de l’entreprise. Le comité exécutif vote ensuite à huis-clos et désigne une dizaine de lauréats chaque année. 

©Fondation Roole

Et ensuite, comment se déroulent les relations avec les associations ?

Idéalement, la fondation cherche à accompagner toutes les associations partenaires dans la durée et instaurer avec elles une relation de confiance. Cela se traduit à la fois par la mise à disposition d’outils et de compétences en plus de la subvention financière mais également par une volonté de les financer sur plusieurs années afin de voir l’impact des projets augmenter. 

Côtoyer ces associations dans la durée a également permis à la fondation d’évoluer en se rendant compte des différents freins à la mobilité solidaire. Elle a donc commencé à développer ses propres projets – en collaboration ou non avec des associations – afin d’y apporter des solutions concrètes. 

Quel conseil pour les mécènes ?

Le principal conseil d’Olivia Féré touche à l’organisation des appels à projet. Selon elle,  il est important que les mécènes prennent en considération le temps nécessaire à une association pour y candidater. Il faudrait, à son sens, les simplifier. 

En supprimant des KPI’s et des contraintes complexes et chronophages, cela permettrait de laisser plus de place aux vrais projets. En effet, le risque actuel est que les associations travestissent leur projet ou n’en montre qu’une dimension pour le faire rentrer dans les cases. Cela handicape également de fait les mécènes qui ne rencontrent pas le vrai projet. 

Afin de faciliter les démarches des associations, la Fondation Roole a également mis en place une pré-qualification par téléphone. Elle incite ainsi toutes les associations à les contacter afin de vérifier que leur projet répond bien aux attentes de la fondation. Cela permet ainsi aux porteurs de projets d’éviter de passer du temps à renseigner un dossier de candidature alors qu’ils ne rentrent pas dans les critères de la fondation. 

Quel conseil pour les mécènes ?

Selon Olivia Féré, les futurs challenges se situent au niveau des coopérations entre les entreprises et les associations. Elles sont indispensables dans la mesure où elles génèrent de l’innovation sociale et des transformations pour les deux parties prenantes.  

Cela est d’autant plus important pour les entreprises que cela peut leur permettre de répondre aux défis de demain. Cela leur permet de se questionner sur leur impact social et écologique tout en les poussant à s’adapter aux talents de demain qui sont de plus en plus conscients et cherchent à travailler dans une entreprise en adéquation avec leurs valeurs. 

Retrouvez la Fondation Roole sur