Le mécénat d'entreprise, rétrospective et caractéristiques.

Le mécénat financier d’entreprise est aujourd’hui une pratique très répandue en France mais il n’en a pas toujours été le cas. Dans cet article, nous vous proposons de faire une rétrospective de son apparition en France.

Qu’est-ce que le mécénat financier d’entreprise ?

Il se définit comme un soutien financier ou matériel, sans contrepartie directe, apporté par une entreprise au profit d’une cause d’intérêt général. Pour approfondir sa définition, cliquer ici !

Concrètement, le mécénat d’entreprise peut être considéré de plusieurs manières : 

  • Il constitue pour l’entreprise une forme de communication hors média.
  • Il est le relai et l’expression de la culture de l’entreprise. Cette dernière peut se définir comme l’ensemble des représentations, valeurs, modèles de comportements qui imprègnent et constituent une entreprise.
  • Il est également le précurseur des politiques de RSE car il implique que l’entreprise soutienne des projets d’intérêt général.

Aujourd’hui, le mécénat d’entreprise en France c’est

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milliard d'euros de budget en 2019
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du budget global du mécénat
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du mécénat se fait à une échelle locale
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entreprises mécènes en 2019

Il n’en a cependant pas toujours été comme ça en France. Pendant longtemps, les entreprises se sont tenues éloignées du secteur philanthropique. Cela nous amène à nous questionner sur comment cette tendance s’est-elle inversée ? Quelles ont été les étapes et les raisons de ce changement ? 

Pour répondre à ces questions, lançons-nous dans une brève rétrospective historique du mécénat financier d’entreprise. 

Les premiers hopitaux mis en place par Michelin lors du début du 20ème siècle. 

La “préhistoire” du mécénat d’entreprise

Les premières formes de mécénat d’entreprise apparaissent en France lors de la Révolution Industrielle. Pour en comprendre les débuts, il est nécessaire de revenir sur qui sont les acteurs économiques de l’époque. La majeure partie des grandes entreprises sont détenues par des familles qui détiennent à la fois la propriété de l’entreprise et les fonctions managériales.

Il va donc se définir dans un premier temps par l’action de familles d’entrepreneurs. Par exemple,  Michelin, Cognacq-Jay ou encore Wende financent des crèches, des hôpitaux ou des écoles à destination de leurs ouvriers. Le but est d’améliorer leurs conditions de vie dans un contexte de bouleversement social provoqué par la rapide industrialisation du pays. 

En parallèle, le mécénat culturel commence à apparaître. Des entreprises telles que Air France, Renault ou Ricard commencent à financer des expositions ou des artistes, actions motivées par l’intérêt des dirigeants pour l’art. 

Cette première dynamique va être rapidement freinée dans un premier temps par la Seconde Guerre Mondiale, puis à partir de 1945 par l’État-Providence qui s’impose dans les domaines de l’intérêt général et relègue les entreprises à leur rôle économique. 

Le 20 octobre 1984, Cartier inaugure à Jouy-en-Josas, près de Versailles, la Fondation Cartier pour l’art contemporain, un geste pionnier en faveur de l’art vivant. © Fondation Cartier pour l’art contemporain

1979 - 1986 : Renaissance du mécénat dans les entreprises

La réapparition du mécénat en France est le résultat de plusieurs éléments déclencheurs : 

1. La création de l’Admical (Association pour le développement du mécénat industriel et commercial) :

L’association est créée à la suite d’un voyage aux Etats-Unis où Patrick d’Humières, Pierre-Antoine Huré et Axel Leblois découvrent la corporate philanthropy. Ils vont ainsi s’associer à Jacques Rigaud et organiser une rencontre qui a vocation à sensibiliser les entreprises à cette pratique. Réalisée en juin 1980, elle attire plus de 200 participants issus des mondes de l’entreprise, de la culture et des médias augurant de perspectives fructueuses.

2. L'élection de François Mitterrand à l’élection présidentielle de 1981

Suite à un mouvement de nationalisation, les entreprises doivent démontrer qu’elles contribuent à la société pour conserver leur indépendance. Le mécénat leur apporte alors, une solution pertinente. 

« Il fallait que l’on trouve des idées pour s’inscrire dans la société, avec des actions collectives qui nous dédouanent, qui nous permettent de nous maintenir et de nous protéger. » Alain-Dominique Perrin, patron de Cartier et fondateur de la Fondation Cartier pour l’Art Contemporain

Les années 1980 sont donc le balbutiement de ce que deviendra le mécénat d’entreprise tel que l’on connaît aujourd’hui. Il reste cependant peu professionnalisé, en régie directe c’est-à-dire sans structure juridique dédiée et finance principalement la culture. 

François Léotard et Jacques Rigaud à l’inauguration du Musée d’Orsay © INA

1986 - 2003 : La croissance du mécénat d’entreprise

Suite au succès de leur premier évènement, l’Admical va entreprendre de promouvoir le mécénat et de fédérer des entreprises autour de cette nouvelle pratique. Par ailleurs, elle va effectuer un travail de lobbying auprès de l’État français afin d’offrir les outils juridiques nécessaires à son développement. 

Ainsi, en 1986, le nouveau Ministre de la Culture, François Léotard fait voter au parlement la loi du 23 juillet 1987 sur le développement du mécénat. Elle en apporte une définition claire et définit les fondations tout en introduisant les premières incitations fiscales. 

Elle est, par la suite, complétée par la loi du 4 juillet 1990 instaurant les fondations d’entreprises et modifiant certaines dispositions de la loi du 23 juillet 1987. Le but étant d’offrir les outils adéquats pour mener une stratégie de mécénat pérenne. 

« Me rendant compte que la fondation d’utilité publique était très complexe et très lourde pour sa création et comprenant que le terme de fondation était un terme valorisant et qui permettait d’inscrire une action dans la durée, j’ai pensé qu’il fallait créer une formule beaucoup plus souple : la Fondation d’entreprise » Jacques Rigaud

Durant cette période, le mécénat devient un outil privilégié des entreprises qui le formalisent via la création de fondation. Cette pratique va par ailleurs, toucher de plus en plus de domaines. Même si la culture reste le secteur le plus soutenu, la solidarité et la question environnementale deviennent de plus en plus en vogue. 

Cette tendance est entérinée par la loi NRE du 15 mai 2001 qui oblige les entreprises à adopter un volet social et environnemental au sein de leur structure. 

« Quand il y a eu la loi NRE en 2002 qui obligeait à faire un rapport sur le développement durable, l’une des premières choses que les entreprises ont eu à mettre dans ce rapport, c’est ce qu’elles faisaient au niveau de leur fondation » remarque une dirigeante de IMS-Entreprendre pour la Cité.

Durant cette période, le mécénat se transforme et se professionnalise donnant lieu à des relations de plus en plus complexes avec les porteurs de projet. Désormais, les entreprises souhaitent mettre en place des partenariats bilatéraux, ce qui se traduit notamment par la hausse du mécénat de compétences. 

Rencontre Où va le mécénat : la loi Aillagon, 15 ans après © Ministère de la Culture

Depuis 2003, l’intégration du mécénat dans l’entreprise

Cette nouvelle période est marquée par deux lois qui vont faire de la France, un des dispositifs juridiques et fiscaux les plus incitatifs en matière de mécénat. 

Premièrement,  la loi 1er août 2003, dite Aillagon, relative au mécénat, aux associations et aux fondations a vocation à en encourager la pratiques par les entreprises en doublant l’avantage fiscal. Deuxièmement, la loi du 4 août de 2008 permet désormais la création du fonds de dotation, une nouvelle structure juridique permettant de faciliter la mise en place de mécénat. 

Les années 2000 vont aussi être le théâtre de la montée en puissance des politiques de développement durable et de la RSE dans les entreprises. Le mécénat apparaît comme un outil privilégié pour remplir les objectifs fixés. 

Ces transformations vont par ailleurs, entraîner une complexification du mécénat tant dans les domaines soutenus qui ne cessent de se diversifier que dans l’apparition de nouvelles pratiques. Par exemple, les entreprises ont recours au mécénat croisé, une pratique qui consiste à soutenir un projet à cheval entre plusieurs domaines. 

Cela se traduit également par de nouvelles formes de mécénat : Clairefontaine reverse une partie du prix de vente de fournitures scolaires à l’Unicef, abondement par l’entreprise des dons de ses salariés ou clients, mécénat collectif regroupant plusieurs entreprises. 

L’ensemble de ces transformations va permettre d’installer durablement la pratique du mécénat tout en lui apportant la légitimité nécessaire. En effet, les années 2000 sont marquées par son intégration dans les stratégies d’entreprises mais également, par son appropriation par les acteurs concernés aboutissant à une diversification des pratiques. 

Cette rétrospective nous permet ainsi de comprendre comment le mécénat d’entreprise s’est progressivement implanté en France puis professionnalisé à partir des années 1980 pour enfin, aboutir au mécénat que nous connaissons aujourd’hui. Cette pratique ne cesse cependant d’évoluer et d’être le centre de débats d’idées sur lesquels nous reviendrons plus tard ! 

BIBLIOGRAPHIE

Debiesse, François. « De l’histoire du mécénat », François Debiesse éd., Le mécénat. Presses Universitaires de France, 2007, pp. 15-22.

Gautier, Arthur. « Le mécénat d’entreprise en France. Histoire et perspectives », Revue française de gestion, vol. 249, no. 4, 2015, pp. 13-32.

Baromètre Admical 2020 : Le mécénat d’entreprise en France. URL : https://bit.ly/3lUCRjc